La charge intime, le fléau de la sexualité

Petit disclaimer avant de commencer, cet article va surtout être axé sur des sujets hétéronormés.
Depuis quelques années, nous avons pu libérer la parole et mettre en lumière l’importance de préserver sa santé mentale. Cette prise de conscience est venue suite à la période Covid et où nous nous sommes rendus compte que cet événement avait été une véritable épreuve psychologique pour beaucoup de personnes.
En osant parler de nos forces, nos faiblesses, nos joies, nos peines, nos habitudes, nous avons pu mettre le doigt sur un mal qui régnait depuis plusieurs années au sein de notre société, la charge mentale.
La charge mentale qui va également de paire avec la charge émotionnelle, ont mis en avant les inégalités qui pouvaient y avoir au sein d’un couple/ d’un foyer.  La troisième branche à ajouter à ce trio gagnant (quand je dis trio gagnant, je veux dire trio gagnant pour un burn-out) est la charge sexuelle/ intime. C’est sans doute celle dont on parle le moins et pourtant elle résonne pour beaucoup d’entre nous.
Je n’ai pas envie de faire de généralité mais ces trois charges sont les plus souvent imposées aux femmes, bien que certains hommes ont aussi cette charge intime.

Qu'est ce que la charge sexuelle/ intime ?

D’après l’auteure Caroline Michel, la charge sexuelle “c'est la charge mentale et la charge émotionnelle qui s’incrustent dans l’intimité. La première correspond au fait d’être organisé·e, d’être gestionnaire de la sexualité. La deuxième, au fait d’être sans arrêt dans le souci de l’autre”. Dans le cadre d’un couple hétérosexuel “l’autre” faire référence à l’homme. L’auteure met quand même en garde que cela ne veut pas dire que tous les couples hétérosexuels sont sur un pied d’inégalité. Pour elle, l’important est de se rendre compte de ces inégalités en mettant en avant tous ces détails contraignants afin que les femmes puissent avoir le même déclic que pour celui de la charge mentale. 

Des inégalités dû à une différence d'éducation entre les hommes et les femmes

Comme bien souvent, la responsabilité de l’éducation dans ces inégalités et ces comportements normés coule de source. Même si aujourd’hui, la société tend vers une déconstruction de ces idées préconçues, pendant trop longtemps, l’éducation d’une petite fille et l’éducation d’un petit garçon n’était pas la même. Il reste encore des séquelles de l’éducation des générations de nos parents voire de nos grands-parents. Ces générations où la parole n’était pas libérée, où les petits garçons devaient être beaux, forts, et ne pas exprimer leurs émotions et où les petites filles devaient être douces, mignonnes, sensibles et devaient toujours faire plaisir aux autres. 
Cette différence se retrouve également dans l’éducation sexuelle. On parle de penis, de plaisir, de masturbation aux hommes tandis qu’on ne parle uniquement de cycles menstruels, de douleurs pendant les règles, de grossesse aux femmes sans jamais évoquer leur  plaisir ou même leur anatomie. Malheureusement, c’est sur ces bases là que notre conception de la vie sexuelle a été faite que ce soit du côté masculin comme féminin. Sans nous en rendre compte, nous avons fini par intégrer ces comportements qui ont construit une certaine vision de comment vivre et concevoir une relation intime et amoureuse.

Les femmes et la charge de la contraception

Evidemment qui dit charge sexuelle, dit aussi charge de la contraception. A croire qu’il n’y a que les personnes qui peuvent tomber enceinte qui se préoccupent de la protection lors d’une relation sexuelle. Combien de fois, on a dû faire face à la situation où l'homme ne veut pas mettre de préservatif parce qu’il “n’aime pas ça” et que : “De toute façon tu prends la pilule il y a pas de risques, et puis je finirais pas en toi, fais moi confiance, je gère” (mais oui, bien sûr...).
Ou alors l'homme qui incite fortement sa partenaire à passer sous pilule parce que : “C’est bon, j’en ai marre de le faire avec un préservatif, je ne sens rien et ça me serre trop”. 
La pilule n'est pas fiable à 100%, il y a tout de même un risque de grossesse même si il est minime. Rappelons aussi que la pilule n'est pas un moyen de se protéger contre les IST/MST contrairement au préservatif.
Bien souvent, les hommes sous-estiment l’effet de la prise d’une contraception sur les femmes, ils n’ont pas été éduqués là-dessus parce que cela ne les concernent pas, alors pourquoi les embêter avec ça ?
Sauf que dans une relation, le fossé qu’il peut y avoir à cause d’une gestion inégale du moyen de protection/ contraception peut être une vraie source de stress et de pression pour la femme. Cela englobe tout un package de facteurs sympathiques, entre la prise quotidienne, un coût supplémentaire, un suivi médical et j’en passe.

Les femmes doivent toujours être sexy et sensuelles 

C’est un peu comme le 11ème commandement pour certains, une femme doit toujours être apprêtée de manière à ce qu’elle plaise aux hommes. Elle doit être maquillée mais pas trop, bien épilée, bien habillée pour satisfaire le regard des hommes. Tout laisse à penser que le rôle des femmes c’est de donner aux hommes l’envie de la séduire. Cela va même plus loin car on nous pousse à etre plus sensuelle, plus érotique, plus demandeuse, “un peu sal*pe mais pas trop”. On en oublierait presque qu’une femme puisse faire tout cela uniquement pour elle, pour se plaire à elle-même et peut-être pour reprendre confiance en elle. Parce que oui, pourquoi une femme serait bien appraitée si ce n’est pas pour plaire aux hommes ? Cela semble dénué de sens pour certains.

Les femmes et la charge orgasmique 

Même si la question du plaisir féminin prend de plus en plus de place lors d’un rapport hétérosexuel. La femme doit tout de même se caler sur le rythme de l’homme. Elle doit être là pour lui, pour son plaisir. La meilleure preuve pour illustrer ce propos c’est que dans l'esprit de certaines personnes, un rapport sexuel se termine au moment où l'homme a éjaculé, cet exemple est encore souvent trop véhiculé dans le porno.
Cette idée reçue pousse à croire que le plaisir masculin est le seul qui compte lors d’un rapport sexuel. Environ 35%* des femmes admettent qu’elles ont du mal à atteindre l’orgasme lors d’un rapport hétérosexuel, mais la vraie question est : Est-ce que l’homme prend le temps de lui donner du plaisir ? 
Quand on sait que certains sont réticents à l’idée de faire un cunnilingus tandis que la fellation est perçue comme une obligation, on est en droit de se poser la question.
C’est souvent aux femmes d’apprendre à être de “bons coups”, d’apprendre à être celle qui fait décoller l’homme au 7ème ciel à chaque rapport.

Comment faire pour ramener l'égalité au sein des rapports hétérosexuels ?

Ces inégalités ne sont pas une fatalité. C’est encore une question d’éducation et de sensibilisation. Il faut en parler sans que cela soit perçu comme un sujet tabou, ne plus faire de différenciation entre l’éducation d’une petite fille et l’éducation d’un petit garçon. Ne plus scinder en deux l’éducation sexuelle des hommes et des femmes afin de pouvoir voir la sexualité dans sa globalité. Il faut également pousser les hommes à faire attention et à se poser des questions sur le fonctionnement du corps des femmes et faire une pédagogie bienveillante sur le sujet. 
Être à l’écoute des envies, des besoins de l’autre c'est bien mais à condition que l’écoute soit réciproque au sein de la relation.


Lara

 

*https://www.bibamagazine.fr/love-sexe/sexo/les-femmes-heteros-ont-moins-dorgasme-que-les-autres-19020.html